LORIMA Sàrl | Loan Risk Management

Interview: Le bitcoin est devenu l’outil des spéculateurs

Interview Agefi du vendredi, 08.12.2017

L’AGEFI a posé dix questions à ses contributeurs sur le bitcoin afin d’offrir une véritable plateforme d’échange d’avis contradictoires pour se faire une meilleure idée de la nature du potentiel de la cryptomonnaie.

Sylvie Hoecht*

Considérez-vous que le bitcoin s’appuie sur des fondements solides ou qu’il est purement spéculatif?

Les deux en fait! La construction du bitcoin repose sur un modèle et une technologie dont l’objectif est la maîtrise absolue des risques. Toutefois, en échappant au régulateur et tout système normatif, il est devenu l’outil des spéculateurs.

Quelle est l’interprétation que vous donnez au fait que la quantité de bitcoin core est limitée? Est-il correct de parler de monnaie?

La quantité limitée du bitcoin crée artificiellement une rareté (puisqu’en changeant les algorithmes il serait tout à fait possible de faire fonctionner la «planche à billets de bitcoin»!). La rareté engendre la hausse du prix car toute la demande ne peut être satisfaite. Oui, il s’agit d’une monnaie puisque par définition elle est acceptée pour l’exécution de paiements.

La complexité et les ressources exigées pour le mining de bitcoins donnent-elles une valeur intrinsèque à cette monnaie?

L’utilisateur de bitcoin ne détient pas celui-ci pour sa valeur intrinsèque mais pour sa valeur commerciale. Si la valeur intrinsèque devait être prépondérante à la valeur de marché, le bitcoin ne devrait plus être considéré comme une monnaie d’échange.

Au vu des ressources actuellement nécessaires pour le mining, n’y a-t- il pas le risque que le pouvoir sur le bitcoin se trouve dans les mains de seulement quelques mineurs?

Ce qui reviendrait à créer «une banque centrale du bitcoin»!

Quelle est l’attitude que les banquiers centraux devraient adopter vis-à- vis du bitcoin, selon vous?

A mon sens, il convient de surveiller de près l’évolution de la masse de bitcoin et son taux de change contre l’USD. Soit la bulle éclate et le phénomène bitcoin s’éteint par lui-même rapidement. Dans le cas contraire, il conviendrait d’intégrer le bitcoin dans une des masses monétaire.

L’Etat et/ou les autorités de surveillances devraient-ils intervenir pour protéger les investisseurs en bitcoin?

Il s’agirait alors de légiférer l’utilisation du bitcoin. A partir du moment où les gouvernements valident et reconnaissent la cryptomonnaie comme valeur d’échange, ils n’auront plus d’autres choix que d’intervenir sur le marché.

Les investisseurs institutionnels vont-ils oui ou non adhérer au bitcoin?

Non

Pour quelles raisons? Si oui, à quels propos? Bitcoin en tant qu’investissement, ou plutôt comme monnaie de transaction?

Pour des raisons de prudence d’abord, le bitcoin renvoie l’image du financement du «dark web», ce n’est pas très rassurant pour un investisseur institutionnel. Par ailleurs, l’investisseur institutionnel a besoin de certitude quant à l’existence et la pérennité d’un produit de placement.

Les autres cryptomonnaies sont-elles plus ou moins dignes de confiance que le bitcoin?

Non, tant qu’elles ne sont pas comprises dans les masses monétaires et soumises à des contrôles réglementaires.

Les monnaies numériques vont-elles remplacer à terme les monnaies traditionnelles?

Pourquoi pas? A l’ère de la mondialisation du commerce international en ligne et d’un gommage des disparités nationales, il est fort à penser que les monnaies nationales pourraient disparaitre.

Jusqu’où le cours du bitcoin vis-à- vis du dollar peut-il encore monter selon vous et cette hausse doit-elle forcément se terminer de manière brutale, par l’éclatement d’une bulle?

Difficile de répondre à cette question. La limite est posée par l’intérêt des investisseurs dans le bitcoin. Un éclatement d’une bulle semble assez inévitable. Aucun algorithme n’a prévu la gestion de la fin du bitcoin d’une part et aucune banque centrale ne pourra intervenir pour soutenir une monnaie qu’elle n’a pas reconnu.

*Fondatrice et associée de Lorima Sarl. Experte en risques hypothécaires

By | 2017-12-21T13:23:15+00:00 décembre 21st, 2017|Newsletter / Hiver 2018|0 Comments

About the Author:

Au bénéfice d’un master en économie politique et d’une longue expérience dans le domaine des crédits hypothécaires bancaires, Sylvie Hoecht été amenée au cours de sa carrière à développer des processus bancaires pour différents types de financements hypothécaires. Elle a été responsable d’un département d’analyse et d’administration des crédits d’une banque de droit suisse acquérant ainsi une expérience et une compétence élevées et reconnues en gestion managériale. La Fondation Hypotheka l’a ensuite engagée dans un contexte de crise en lui confiant sa direction dès avril 2014, afin de constituer une équipe opérationnelle et autonome avec l’objectif de sauvegarder les capitaux investis dans des prêts devenus litigieux. Une mission accomplie avec succès. Riche de ce savoir-faire, elle crée la société LORIMA sàrl (Loan Risk Management) spécialisée dans la maîtrise des risques hypothécaires au service des investisseurs institutionnels.

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