LORIMA Sàrl | Loan Risk Management

EDITO / Newsletter automne 2017

Il démarra sa berline noire allemande et au premier vrombissement du moteur, la voix du journaliste de la radio vint, comme chaque matin, saluer Félicien :

« Madame, Monsieur, bonjour, Suisse FM, il est 7h30, le journal de l’info … »

La presse économique se voulait très inquiétante sur la situation en Corée du Nord et sur les risques des comportements infantiles de Donald Trump et de Kim Jong-Un …. Les journalistes économiques n’avaient pas manqué de souligner que, même si un éventuel conflit avait très peu de risque de s’étendre jusqu’en Suisse, il n’en demeurait pas moins que la Banque Nationale serait contrainte d’adapter une nouvelle fois sa politique monétaire pour éviter que le franc suisse ne devienne une monnaie refuge. Félicien s’agaça et changea la chaîne brusquement pour un programme musical. Le concerto de Bach apaisa quelque peu son esprit mais il continuait à ruminer. Comme s’il n’avait déjà pas suffisamment de soucis, fallait-il que ce journaliste lui rappelle toujours et encore qu’il n’existât plus aucune stabilité dans ce monde ?

Félicien grimpa quatre à quatre les trois étages menant à son bureau où s’empilaient déjà sur le coin de la table les résultats statistiques et les analyses économiques de la votation fédérale de ce dimanche de septembre. Le peuple suisse avait dit non à la Prévoyance 2020 ! Il lui faudrait dès lors se montrer extrêmement intelligent et créatif pour résoudre le casse-tête helvético-financier consistant à assurer sur les vingt prochaines années le versement des rentes de retraite à ses assurés. Il avait bien conscience que le texte proposé à la décision du peuple ne suffisait pas à résoudre à lui seul l’insoluble, mais il apportait juste assez d’oxygène pour continuer à chercher une voie de réforme globale. Sa caisse de pension autonome, comme tant d’autres en Suisse, était atteinte d’un mal incurable : les retraités vivaient de plus en plus longtemps et l’entreprise n’attirait que peu de jeunes. Qui aujourd’hui à l’âge de vingt ans rêvait encore de mener toute sa carrière dans l’industrie mécanique à Yverdon ? Mêmes ses propres fils, ô ingratitude suprême, ne cessaient de lui répéter que l’avenir ne consistait pas à s’enterrer là et que seule une expérience de plusieurs années à l’étranger pourrait leur permettre de faire décoller de manière certaine leur carrière professionnelle.

Résultat mathématique et sans équivoque pour tous les instituts de la prévoyance professionnelle : la durée de cotisation des assurés était devenue trop courte pour garantir la pérennité des rentes.

Ce matin de septembre, le monde qui l’entourait lui semblait d’une hostilité insupportable : les questions structurelles des rentes d’abord, et puis également la politique monétaire de la BNS, le marché immobilier suisse, et enfin ces satanés taux d’intérêts qui ne montraient toujours aucun signe vital … ils stagnaient même en dessous de la ligne du zéro depuis des mois !

Félicien Grinet avait été nommé directeur de la Caisse de pension autonome des Industries Mec’Anneaux SA en 1993. Il pensait alors avoir traversé, avec un brio plus qu’exemplaire, la plus grande crise économique qui ne devrait plus jamais réapparaître : les subprimes américains et les fonds Madoff ! N’avait-on d’ailleurs pas salué publiquement ses magnifiques résultats de rendement dans ce contexte économique et financier si perturbé ? Comment pouvait-il imaginer faire face à une situation encore plus difficile ?

2017-10-26T13:45:22+00:00

Laisser un commentaire